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L'epoque moderne

  • Romanian officers during Alexandru Ioan Cuza's rule

    Romanian officers during Alexandru Ioan Cuza's rule

La constitution de la nation roumaine.

L'époque moderne

 

Le rejet progressif, ŕ partir du milieu du XVlIe sičcle, des structures médiévales dans les territoires habités par les Roumains, tout comme les grands changements sociaux et économiques de cette époque, eurent pour effet la naissance de nouveaux rapports sociaux et le développement de la conscience nationale, ce qui devait constituer un pas important sur la voie de la formation de la nation roumaine.

La renaissance nationale en Transylvanie fut fortement marquée par l'activité de l'évęque Ioan lnochentie Micu (Klein), fervent militant en faveur des droits nationaux des Roumains. L'oeuvre de certains princes érudits de Valachie et de Moldavie, tels que Constantin Cantacuzino et Dimitrie Cantemir, fut poursuivie en Transylvanie par un groupe d'intellectuels marquants Gheorghe Sincai, Petru Maior, Samuil Micu, Ioan Budai Deleanu etc., réunis dans ce que les Roumains appellent l'ă‰cole transylvaine. Les plus importants membres de ce groupe firent diffuser par leur écrits les idées des Lumičres, ŕ la mode ŕ cette époque-lŕ en Europe. Leur action fut entičrement mise au service de l'esprit national des Roumains, sollicitant le droit pour ceux-ci d'apprendre ŕ l'école leur langue et leur histoire. Le mouvement national fut accompagné de vigoureux conflits sur le plan social. Ces conflits eurent leur momént culminant en 1784, en Transylvanie, par la révolte dirigée par Horea, Closca et Crisan.

La révolution de 1821 ayant ŕ sa tęte Tudor Vladimirescu représente un autre événement bien important dans la lutte du peuple roumain pour ses droits sociaux et nationaux. C'est par cette révolution que prit fin la période phanariote. Pendant quelques mois, la Valachie attira sur elle l'attention des milieux politiques internationaux. La principale conséquence de ces événements révolutionnaires a été la restauration des rčgnes autochtones en Valachie et en Moldavie. En 1828-1829, les rapports entre les Principautés Roumaines et la Porte ottomane subirent des changements comme effet de la consolidation de l'autonomie des principautés, ŕ la suite d'une guerre russo-turque. Mais ŕ la fois, ŕ la suite du traité d' Andrinople (1829), on imposa aux principautés le protectorat de la Russie. En dépit de certains processus de modernisation, ce protectorat attisa les ressentiments des Roumains envers la Russie. Les jeunes boyards libéraux, éduqués en Europe occidentale, exigeaient l'adoption de nouvelles réformes et le rejet de la domination étrangčre. Comme le processus de formation de la nation roumaine s'accentuait, le mouvement social et national des Roumains devait alimenter une vaste démarche en vue du renouveau.

En effet, la révolution de 1848-1849 embrasa l'espace tout entier habité par les Roumains, sauf la Bessarabie, et détermina la radicalisation de la conscience nationale. Les Moldaves, les Valaques et les Transylvains, réprésentés entre autres par Mihail Kogălniceanu, Nicolae Bălcescu et Simion Bărnuţiu, prirent la décision de démolir les anciennes structures sociales et politiques et de jeter les bases de l'unité nationale des Roumains. L'un des idéaux de cette révolution était celui de moderniser la vie du peuple. L'Empire ottoman et la Russie des tsars se mirent, hélas, d'accord pour étouffer la révolution; néanmoins, le programme révolutionnaire demeura-t-il présent dans la conscience des Roumains.

La guerre de Crimée (1853-1856) et ses conséquences ramenérent la "question roumaine" dans l'attention de l'Europe. L'avenir des principautés tout comme leur statut politique devinrent une affaire préoccupante non seulement pour les empires voisins - celui des Habsbourg, l'Empire ottoman et la Russie -, mais aussi pour des puissances telles que la France, l'Allemagne et l'Angleterre. Le mouvement en faveur de l'unité nationale prenait de l'ampleur. Le traité de Paris (1856) stipulait le remplacement du protectorat de la Russie par les garanties des puissances européennes; y etait également prévue l'autonomie des principautés, ce qui devait constituer le fondement de l'ă‰tat roumain moderne. En 1857, les assemblées ad-hoc de Moldavie et de Valachie votčrent en faveur de l'union des deux principautés, d'un prince régnant étranger, d'une assemblée largement représentative et d'un gouvernement responsable.

Les 5 et 24 janvier 1859, le colonel Alexandru loan Cuza fut successivement élu prince régnant de Moldavie et, respectivement, de Valachie; de la sorte, se réalisait l'union des principautés, premičre étape du processus de l'unité étatique de la nation roumaine. L'époque de l'Union fut aussi celle d'un vaste programme de réformes concernant ŕ la fois les institutions, l'économie et la culture. En 1862 Bucarest devenait officiellement la capitale de la Roumanie. Faisant démarrer ces changements, Cuza affirmait dans le męme temps l'entičre autonomie de la Roumanie, nom qu'on avait donné aux Principautés Unies (la Moldavie et la Valachie); Cuza jetait ainsi les assises de l'indépendance. Mais le tour autoritaire que prit son rčgne en mai 1864 lui attira bon nombre d'ennemis qui, en 1866, s'associčrent pour le chasser du. pouvoir .

Par conséquent, Cuza fut contraint d'abdiquer en février 1866 en faveur d'un principe étranger. Aprčs le refus du comte de Flandre, frčre du roi belge, le trône fut offert au prince Carol de Hohenzollern-Sigmaringen. L'ayant accepté, le prince arriva en Roumanie en mai 1866. Un mois plus tard, il prętait serment sur la nouvelle Constitution qui avait été rédigée ŕ partir du modčle de la Constitution belge de 1831. Les puissances garantes, sauf la Turquie, acceptčrent le fait accompli en Roumanie. Ŕ la suite d'une visite effectuée par le prince Carol ŕ Constantinople en octobre 1866, fut également obtenu le consentement du sultan.

Carol Ier régna longtemps et fit promouvoir avec sagesse une politique destinée ŕ consolider les réalisations de son prédécesseur et en tout premier lieu l'indépendance et l'unité nationale.

La remise sur le tapis de la "question orientale" en 1875 représenta un moment favorable ŕ la proclamation de l'indépendance de l'ă‰tat roumain moderne. Le 9 mai 1877, l'Assemblée des députés, exprimant les aspirations du peuple roumain, proclama par la voix du ministre des affaires étrangčres, Mihail Kogalniceanu, l'indépendance de la Roumanie; cette proclamation fut ŕ la fois rendue publique en Europe. L'indépendance se trouva ensuite consolidée par la participation de la Roumanie aux côtés de la Russie ŕ la guerre des Balkans de 1877-1878. L'armée roumaine força la traversée du Danube et participa aux sičges de Plevna et de Vidin.

Les traités de San Stefano et de Berlin (1878) sanctionnčrent l'indépendance de la Roumanie, reconnue ultérieurement par l'ensemble des puissances européennes. Les męmes documents rétablirent les droits de la Roumanie sur la Dobroudja mais lui arrachčrent le sud de la Bessarabie qui avait été rendue ŕ la Moldavie par le traité de Paris de 1856.

Le 14/26 mars 1881, le Parlement vota la proclamation du royaume; le prince Carol et son épouse, Elisabeta de Wied, furent couronnés le 10/22 mai 1881 et devinrent roi et reine de Roumanie. La couronne remise au roi avait été confectionnée de l'acier en provenance d'un canon turc capturé ŕ Plevna. En tant qu'ă‰tat indepéndant, la Roumanie s'employa ŕ jouer un rôle important dans le concert des nations européennes.

L'intervalle 1878-1914 a été crucial dans l'histoire des Roumains. L'économie fut prospčre et la vie politique était dominée par l'alternance au pouvoir des deux grands partis conservateur et libéral. Si en Roumanie le systčme électoral était censitaire, il y avait pourtant une presse libre et une authentique vie parlementaire.

En 1883, la Roumanie s'associa ŕ l'alliance constituée par l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie. Une des raisons de ce choix était les relations tendues avec la Russie aprčs sa décision d'occuper en 1878 le sud de la Bessarabie.

Vers la fin du XIXe sičcle, la Roumanie connut une période d'éclosion de la science et de la culture, compatible avec les standards européens. De grands savants s'affirmčrent en médicine (les docteurs Victor Babeţ, Gheorghe Marinescu, Constantin Levaditi), en chimie (Petru Poni et Constantin Istrati), en mathématiques (Spiru Haret et Traian Lalescu), en histoire (Alexandru D. Xenopol, Dimitrie Onciul, Nicolae Iorga), en linguistique (Bogdan Petriceicu-Hasdeu, Alexandru Cihac, Lazăr Seineanu, Sextil Puscariu).

La Roumanie indépendante renforça les aspirations ŕ l'unité nationale de tous les Roumains vivant dans des territoires sous domination étrangčre - en Bucovine, en Bessarabie et, surtout, en Transylvanie. La politique d'assimilation forcée dans ces territoires avait produit de lourdes conséquences. Les Roumains de Transylvanie, qui continuaient ŕ subir la domination de la monarchie austro-hongroise - fondée en 1867, lorsque la province fut incorporée ŕ la Hongrie et perdit ainsi l'autonomie -, intensifičrent la lutte pour la reconnaissance de leurs droits nationaux. En 1892 fut redigé le Mémorandum des Roumains de Transylvanie et du Banat adressé ŕ l'empereur François-Joseph. Cet important document, jouissant de la publicité dans les médias de l'Europe, faisait état des désidérata des Roumains habitant en Autriche-Hongrie. C'est l'époque oů le Parti National Roumain de la Double Monarchie joua un rôle de premičre importance dans la défence des droits nationaux des Roumains.

En 1914 mourait le roi Carol Ier, suivi au trône par son neveu, Ferdinand. L'épouse de ce dernier, la reine Maria, était une descendante de la reine Victoria d'Angleterre.

Aprčs un délai de deux années de neutralité, en 1916, la Roumanie entra en guerre aux côtés de la France, de l'Angleterre, de la Russie et de l'Italie, afin d'obtenir la libération des Roumains de Transylvanie de sous la domination de l'Autriche-Hongrie. Insuffisamment préparée, l'armée roumaine attaqua en Transylvanie, mais fut repoussée par les forces allemandes et austro-hongroises, commandées par le général von Falkenhayn, dans les cols des Carpates vers la Plaine Roumaine. Dans le męme temps, les forces allemandes, turques et bulgares venant du sud pénétrčrent en Dobroudja et en Munténie sous la commande du général von Mackensen. En décembre 1916 Bucarest fut évacué, cependant que l'armée roumaine continuait la lutte pour la défense de Moldavie. Renforcées et dotées d'un armement nouveau au printemps de 1917, les troupes roumaines remportčrent, pendant l'été de cette année, les victoires de Mărasti, Mărasesti et Oituz, mais en dépit de ces faits, la Roumanie, isolée, fut obligée de cesser la lutte et de signer, en mai 1918, un traité de paix avec les puissances Centrales. Elle rentra dans la guerre vers le moment de l'armistice et de la victoire de l'Entente.